vendredi 18 avril 2014

Descriptif architectural du château de Blandy-les-Tours













Le château qui domine le village et semble l'absorber à lui seul, est un pentagone irrégulier flanqué de cinq tours de grosseur et de hauteur inégales.
 D'après le cadastre, son enceinte intérieure comprend cinquante quatre ares et quatre vingt sept centiares ( 5487 mètres carrés), les fossés ont une étendue de soixante sept ares et vingt huit centiares (6728 mètres carrés), ce qui forme un total d'un hectare vingt deux ares quinze centiares.
 Il est construit en pierres siliceuses avec soutènements et parements en grès, le tout lié ensemble au moyen d un ciment de chaux et de sable faisant corps avec la pierre. On peut partager l' histoire de l' architecture du château de Blandy en quatre époques : La première époque comprend le château tel qu'il existait avant les fortifications construites dans la seconde moitié du quatorzième siècle.
 La seconde époque est relative au château fortifié par Jean II et par Guillaume IV comtes de Tancarville et vicomtes de Melun de 1371 à 1 388.
Puis vient pour la troisième époque, le château remanié au seizième siècle est transformé en habitation plus moderne.
Et enfin la quatrième époque, nous présente le triste spectacle du château démantelé et converti en ferme au commencement du dix huitième siècle par le maréchal de Villars.



 Première époque :

Il ne reste presque plus rien de l'ancien château de Blandy tel qu il existait antérieurement au quatorzième siècle. La seule trace que nous en apercevions se situait dans une belle crypte servant aujourd'hui de cave. Cette crypte était surmontée d'une voûte en plein cintre soutenue avec par un seul pilier. Elle nous paraît présenter l'aspect de l'architecture de la fin du douzième ou du commencement du treizième siècle. Bien qu'il existe dans un certain nombre d'édifices de ce temps des caves offrant le même caractère, nous sommes porté à croire que la crypte du château de Blandy était une chapelle souterraine au dessus de laquelle se trouvait une autre chapelle qui existait au centre de la grande cour. Ces deux chapelles furent fondées dans ce château en l'honneur de la sainte Vierge; l'une par Adam II vicomte de Melun en 1216, l' autre par Guillaume IV en 1395. Le style de la crypte nous semble indiquer que c'était la chapelle d'Adam II, au dix septième siècle elle était désignée sous le nom de la cave noire, ce qui indique que déjà elle servait à cet usage.



 Deuxième époque :

Cette époque est celle dont on voit le plus de restes, les ruines actuelles suffisent pour nous montrer ce qu'était la forteresse reconstruite de 1 371 à 1 388 par les deux vicomtes Jean II et Guillaume IV sous les rois Charles V et Charles VI. Conformément aux principes de l'architecture militaire du moyen âge, le château présentait un ensemble d'ouvrages destinés à se protéger les uns, les autres et cependant, susceptibles d'être isolés de sorte que la prise de l'un n'entraînât pas celle des ouvrages voisins, d'où il résultait que les ouvrages intérieurs devaient commander les ouvrages extérieurs. Aussi, comme les places fortifiées du même temps, le château de Blandy se composait d'un fossé continu d'une enceinte aussi continue, et d'un réduit où la garnison pouvait trouver un refuge en cas de prise de l'enceinte. Ce réduit était la grosse tour, ou donjon.
 Les fossés, aujourd'hui, complètement à sec, et en partie comblés, avaient alors une largeur de seize à vingt mètres et étaient remplis d'eau amenée par des aqueducs qui n'existent plus. Quant à leur profondeur primitive, il serait difficile de la connaître car elle a été successivement diminuée par les écoulements, les dépôts d'immondices et le manque de soin. On pénétrait au moyen d'un pont-levis, on voit encore les traces des chaînes qui le faisaient mouvoir par le biais de longues ouvertures percées dans le mur au dessus d une porte cintrée.
 Le pont-levis était défendu d'abord par une tour carrée, qui depuis longtemps ne s'élevait plus au-dessus du rempart, et par deux contre-forts placés de chaque côté, dans lesquels on avait pratiqué deux meurtrières. Dans les châteaux de ce genre, il y avait ordinairement, au-delà du fossé, à la tête du pont, un ouvrage plus ou moins considérable destiné à protéger les reconnaissances et les sorties de la garnison. Il se composait d'une ou plusieurs tours, ou même d'un petit château, que l'on appelait souvent bastille. Quelquefois on se contentait de palissades. Il n existe plus trace aujourd'hui de ces ouvrages avancés, néanmoins, à deux kilomètres, on voyait, sur le chemin de Melun, une tour à laquelle aboutissait le souterrain du donjon qui était destinée à protéger les sorties et la retraite de la garnison.
 Quelques traces dans la muraille à droite du pont-levis peuvent faire supposer qu'il existait un petit passage pour descendre dans le fossé.
 La porte du château, qui se trouvait placée immédiatement après le pont-levis, était surmontée d' une forte herse en fer qui s' opposait encore à l' entrée de l' ennemi, s' il était parvenu à franchir le fossé et à détruire le pont-levis. On élevait cette herse à l' aide d' une machine, à l'approche du danger, on la laissait tomber. Il était impossible de la relever à l extérieur, et il fallait la briser pour pénétrer plus avant. Indépendamment de la première porte, qui était en bois parsemé de clous, il en existait une seconde après la herse, à l'entrée de la grande cour. L'enceinte continue, composée de haut murs épais de trois mètres, était défendue par cinq tours, dont chacune était placée à un des angles du pentagone.
 Ces tours, de forme pyramidale assez bien conservées à l'extérieur, étaient garnies de créneaux et de merlons faisant boucliers, élevées sur un parapet et espacés de manière à couvrir les hommes qui bordaient le rempart et leur permettre ainsi de se servir de leurs armes dans les intervalles qui séparaient ces boucliers. Elles étaient surmontées aussi de machicoulis. On arrivait au sommet des trois tours les moins élevées par des escaliers intérieurs en spirale, les remparts de l'enceinte, entre chaque tour, avaient des courtines qui protégeaient un chemin de ronde permettant de circuler le long de ces remparts. La grosse tour ou donjon est celle qui garantissait le château du côté de la plaine, elle présente une circonférence de douze mètres, à l'intérieur, et une hauteur d'environ trente cinq mètres au niveau des créneaux (haut). Les murailles de cette tour et des autres avaient trois mètres d'épaisseur. On ne pouvait pénétrer à pied de la grosse tour qu'après avoir franchi une enceinte particulière en maçonnerie, dans laquelle se trouvait un puit recouvert d'une voûte. Une forte herse, de forme ogivale, que l'on aperçoit encore, défendait la porte d'entrée qui était alors basse et épaisse comme une porte de prison.
 Au rez de chaussée, la salle des gardes, voûtée et en ogive, ne recevait d'autre jour que celui de quelques meurtrières. On y voit une énorme cheminée, il y en avait de moins vastes aux quatre étages supérieurs, éclairées par des croisées de chaque côté desquelles, des bancs de pierre viennent se poser. La cage de l'escalier était accolée à l'extérieur de la tour du côté de la cour, et était surmontée d'un lanternon servant aussi de guérite. Moins grande, un escalier et un lanternon semblables existaient aussi dans la deuxième des tours, laquelle avait aussi quatre étages et un comble. Sur la courtine située au couchant de la grosse tour, à la hauteur du second étage, se trouvait un espace vide que l'on ne pouvait franchir qu'à l'aide d'un petit pont-levis, de sorte que, si l'ennemi était maître du rempart et du bas de la tour, les assiégés qui se trouvaient au sommet pouvaient encore se défendre.
 Les tours principales étaient destinées à l'habitation des seigneurs qui demeuraient à Blandy , la garnison y était également logée. L'une de ces tours avait pour destination spéciale la conservation des archives et du trésor, chacun de ses trois étages était garni de grandes armoires où les objets les plus précieux étaient placés.
 La chapelle s'élevait au milieu de la cour, au-dessous, se trouvait la crypte qui nous semble offrir les caractères d'une chapelle souterraine. Une grande pièce était située au rez-de-chaussée gauche en entrant dans le château, elle sert aujourd'hui de bergerie. Cette pièce était, au quatorzième siècle, la salle principale, les comtes de Tancarville devaient y tenir leur cour. Elle est dans le même style que celui que l'on remarque dans les plus belles salles de l'hôtel de Cluny à Paris.
 Au milieu de la cour, un jet d'eau était alimenté par une source qui se trouvait dans la plaine que l'on appelle la fontaine Chopin. L' aspect général du château de Blandy à cette époque était très sévère. A peine aperçoit-on quelques traces de l'architecture, ogivale, l'on devine qu'il était entièrement dénué d'ornements. Toutes les fenêtres étaient garnies de meneaux de pierre en forme de croix, qui servaient à maintenir des panneaux de verres à petits carreaux liés ensemble par des lames de plomb.



 Troisième époque :

Lorsque la féodalité eut été ébranlée et que des mœurs plus douces devinrent le partage des classes élevées, les forteresses du moyen-âge subirent une notable transformation ; en entrant à gauche dans la cour, et en faisant ensuite le tour des murailles intérieures, après, le pont-levis, sous la porte, il y avait le corps de garde, puis se trouvait un escalier, qui existe encore, conduisant à un pavillon, situé au-dessus de la porte, et de l'autre côté, conduisant à des chambres adossées au rempart. Venait ensuite le haut pavillon, c'est à dire la tour carrée servant à défendre le pont. Après le haut pavillon, on voyait, au rez-de-chaussée, de vastes salles transformées maintenant en écuries et en bergerie. La plus grande, de l'époque précédente, était celle dont nous avons parlé. Au dessus ils y avaient plusieurs chambres, l' une servait d'auditoire, c'est là que la justice seigneuriale était rendue, les autres étaient, en 1688, occupées par un sieur Gimat et par une dame de la Tour qui étaient devenus, nous ne savons à quel titre, habitants du château. Nous trouvons ensuite les appartements seigneuriaux qui servent aujourd'hui de logement au fermier, ils étaient séparés des salles, dont nous venons de parler, par la tour qui fait face à l'église.
 Le corps de bâtiment, qui renfermait les appartements seigneuriaux, était alors partagé en deux pavillons au milieu desquels il y avait le grand escalier qui existe encore. A gauche, au-rez-de chaussée, on voit la salle dans laquelle la tradition du pays rapporte que serait né ici le prince Eugène. Ce corps de logis était surmonté d'un troisième étage où se trouvaient les galetas, c'est-à-dire les greniers, il aboutissait à la tour servant de prison. Entre cette tour et celle qui est désignée sous le nom de tour aux papiers, il y avait, au premier étage, une grande galerie au-dessous de laquelle on avait placé les remises et les écuries du château. Le corps de logis des appartements seigneuriaux était lié au bâtiment qui se trouve au milieu de la grande cour par un passage dont on n'aperçoit maintenant aucune trace, ainsi-que de la galerie placée entre les deux tours. Ce bâtiment, où sont aujourd hui les granges de la ferme, renfermait au rez-de-chaussée la chapelle dont le portail devait faire face à la grande porte du château.
 Un passage conduisait de la chapelle à la tour aux papiers. Aprés la chapelle, une grande cuisine, ayant dix mètres de long sur huit de large était flanquée de deux grandes cheminées, puis venait la salle du commun ayant quatorze mètres de long sur huit mètres vingt cinq de large.
A l'extrémité de ce bâtiment, au rez-de-chaussée, se trouvait une pièce servant de garde manger ou dépense.

Au premier, au dessus de la chapelle, une chambre à cheminée, avait aussi servi de chapelle. Nous supposons que cette seconde chapelle fut créée pour obéir à la volonté des fondateurs lorsque celle qui existait dans la crypte, dont nous avons déjà parlé, fut transformée en cave. Cette crypte est désignée sous le nom de cave noire. Après la chapelle supérieure, et au dessus de la cuisine, se trouvait la grande salle à manger ayant quatorze mètres de long sur huit mètres vingt cinq de large, venait ensuite, et au même étage, un appartement datant de 1688 sous le nom d'appartement de M de Longueville. On y montait par l'escalier qui existe encore à l'extrémité du bâtiment, situé dans une petite tour carrée couronnée par un toit pointu.

 Le second étage n'était qu'un galetas et un garde meuble. Derrière ce bâtiment, un petit jardin se prolongeait jusqu'au passage conduisant de la cuisine à la tour aux papiers. Après ce passage, et en remontant vers les deux pavillons, où se trouvaient les appartements seigneuriaux, il y avait un tripot ou jeu de courte paume, dont l'étendue mesurait vingt mètres de longueur sur six mètres de large. A l'extrémité opposée, il y avait une enceinte réservée à la grosse tour. Entre la tourelle carrée conduisant à l'appartement de M de Longueville, et la tour appelée tour aux lierres, datant de 1688, laquelle est la première en entrant à droite dans le château, existait un passage qui conduisait à un corps de logis adossé au rempart, partant de cette tour pour rejoindre la porte d'entrée. Là était l'appartement du bailli qui, depuis que l'ancienne forteresse avait perdu son caractère militaire, joignait à ses fonctions judiciaires celle de capitaine du château.

 La paneterie, la foulerie et les cuves se trouvaient dans la partie de ce corps de logis servant aujourd'hui d'étable. Entre ces dernières pièces, un petit passage descendait dans le fossé. D'après l'état des réparations qui étaient à faire en 1688, le château se trouvait déjà dans un assez grand délabrement, le montant de ces réparations était estimé à 16,369 livres et 11 sous, y compris, il est vrai, celles qui étaient indiquées pour les dépendances suivantes ; le moulin à eau, le moulin à vent, le four banal,  le colombier,  le jardin, en descendant au moulin à eau, les pressoirs les pressoirs de Moisenay, la ferme de la Ronce, au même lieu le moulin de Souflet, la maison d Eguillon, avec le colombier la ferme de Sandtoux, la ferme de Robillard.
 Au Châtelet en Brie, les pressoirs du Châtelet. L'état de 1688 montre aussi qu'il y avait bien peu de luxe dans les habitations de cette époque, ainsi, la plupart des appartements seigneuriaux du château de Blandy étaient carrelés. Quelques pièces cependant, étaient vêtues d'un plancher en chêne ou en sapin, de lambris sur une partie de leurs parois. Les croisées étaient garnies de panneaux de verre unis par de minces lames de plomb, le tout agencée d'une grande simplicité.



 Quatrième époque : 

Tant que les descendants des anciens vicomtes de Melun possédèrent le château de Blandy il fut conservé à peu près intact et tel que nous venons de le dépeindre. La duchesse de Nemours, dernier anneau de cette longue chaîne étant décédée en 1707, le maréchal de Villars acquit la terre de Blandy pour la réunir à son duché- pairie de Vaux le Villars-, voulant transformer en ferme l'antique manoir de tant de seigneurs et de princes... Il fit découronner les tours et se servit des charpentes qui soutenaient leurs toitures pointues afin de les utiliser pour les combles des granges et des autres bâtiments d'exploitation, les mettant à la place des anciens. Il abandonna les appartements seigneuriaux au fermier et défigura entièrement cette vieille forteresse.
L'abbé Bertin, qui visita Blandy le 20 septembre 1717, mentionnait ainsi l'état dans lequel il trouvait le château ; « Le bourg de Blandy, ci-devant à madame la duchesse de Nemours, appartient à M le duc de Villars qui en a fait découvrir les tours pour laisser ruiner le château et le réduire en ferme. »
Mais ce fut particulièrement en 1730 que les dévastations eurent lieu, nous trouvons dans le même volume manuscrit qui contient le voyage de l'abbé Bertin, la description que donnait un autre voyageur du château de Blandy ; " Au mois de septembre 1730, le château de Blandy est totalement en ruines, le maréchal y a fait construire depuis peu des granges et des logements pour ses fermiers. On voit encore sur la porte, les armes d'Orléans-Bothelin et celles de Nemours-Savoie. Ces armes, elles-mêmes, ont été détruites au moment de la révolution, on n'aperçoit plus que la trace de l'écusson complétement effacé. Les dégradations déplorables qui se sont succédé, depuis que le maréchal de Villars était devenu propriétaire du château de Blandy, en marquent le dernier âge et la main des hommes, en ont fait un monceau de ruines qui bravera longtemps encore l'outrage du temps."




Blandy-les-Tours sur le site des archives de Seine-et-Marne, un historique
http://archives.seine-et-marne.fr/blandy-les-tours











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