vendredi 15 août 2014

Le Vexin français : reflets de l’architecture défensive en milieu urbain et périurbain à la fin du Moyen Âge.












Le Vexin français s’étend sur trois départements: les Yvelines, le Val-d’Oise et l’Oise. Il est limité au sud par la Seine, à l’est par l’Oise, au nord, par le Beauvaisis et à l’ouest par l’Epte. À titre indicatif, Pontoise, la ville principale, se situe à environ 35 km au Nord-Ouest de Paris.

 La période étudiée ici couvre la deuxième moitié du XVe siècle et la première moitié du XVIe siècle. Cette époque est d’abord marquée par la fin de la guerre de Cent Ans en 1453, puis par un retour de la paix accompagné d’un lent retour de la prospérité économique. La plupart des habitations étudiées ici ont été reconstruites à partir du troisième quart du XVe siècle. La région, encore troublée par les pillards et les bandes armées qui la sillonnent, n’est cependant pas totalement sécurisée avant le XVIe siècle. Il y a donc plusieurs aspects différents de l’utilisation d’éléments issus de l’architecture défensive : avec, d’un côté des éléments de défense, qui tout en étant assez éloignés des massives fortifications féodales ont tout de même un réel rôle défensif ; d’un autre côté des édifices qui vont reprendre le vocabulaire militaire en tant qu’ornement et/ou symbole de la position sociale du seigneur des lieux et qui n’assurent plus aucune défense réelle.

Aspects défensifs des résidences à la charnière des XVe et XVIe siècles dans le Vexin français.
 La région n’est pas complètement sécurisée pendant cette période d’après-guerre ; les pillards et les bandes armées sont encore nombreux dans le Vexin français. Chacun va s’en accommoder comme il le pourra et, le plus souvent, les adaptations à cette insécurité latente se révèlent dans l’architecture, surtout à la campagne où les habitations sont bien plus exposées aux exactions que celles des villes.
 Les éléments propres à l’architecture de défense sont alors repris et adaptés aux besoins des seigneurs locaux. Le plus fréquemment, on retrouve une enceinte avec ou sans système de porterie selon l’importance du bâtiment : ainsi les simples fermes seront protégées par les murs des bâtiments d’habitation et d’exploitation agricole, organisés autour d’une cour centrale, tandis que des édifices seigneuriaux plus importants disposeront également d’une porterie encadrée de tours équipées d’archères; ce dernier système apparaît tout aussi efficace que dissuasif et symbolique du pouvoir du propriétaire.

 Il existe à Moussy un système de ce type, avec une porte charretière et une porte piétonnière, toutes deux protégées par les tours à Archères qui les encadrent. On trouve également une enceinte à Arthies dont l’épaisseur des murs ainsi que la porterie encadrée de grosses tours indiquent que l’enceinte était fonctionnelle, mais dont la composition en damier brique et pierre prouve que l’effet esthétique produit a été très important lors de la conception de cette enceinte dans les années 1550. Dans les cas où les différents bâtiments composant la propriété s’organisent autour d’une cour – essentiellement des fermes – les façades sur rue sont exemptes d’ouverture jusqu’à une hauteur de 2 mètres 50 à 3 mètres au-dessus du sol, offrant une surface sans faille et difficilement prenable. Ainsi, au Bellay-en-Vexin , les murs sont aveugles jusqu’à environ 5 mètres de hauteur puis percés de quelques croisées.
 Le Bellay-en-Vexin (95), ferme de l’Hôtel-Dieu, © Floriane Louïs.

Ces murs sont très fréquents dans le Vexin; il en existe des exemples similaires au château de Théméricourt, au manoir des Cugnac à Nesles-la-Vallée, au manoir du 2, rue de l’église à Brueil-en-Vexin… Ces murs sont très austères et seulement rythmés par des harpes ou des contreforts plats qui chaînent les murs et contrastent avec les façades sur cour, plus animées. À Moussy, ce système est quelque peu adapté car on a profité de la déclivité naturelle du terrain pour installer le manoir, surélevé par rapport à la rue. Le rez-de-chaussée est donc également surélevé, ce qui a permis d’y ouvrir des fenêtres sur l’extérieur. Elles sont de ce fait moins en hauteur que pour les exemples les plus courants, environ 2 mètres seulement, ce qui a nécessité de les protéger par des barreaux (les ouvertures du mur à gauche de la porterie sont postérieures).

D’autres dispositifs sont adoptés sur des bâtiments plus isolés, qui ne s’organisent pas autour d’une cour. Ainsi, au château de Montchevreuil à Fresneaux-Montchevreuil et à la ferme du Bas-d’Osny à Osny, les angles du bâtiment sont surmontés d’échauguettes, sortes de tours de guet tournées vers les points sensibles.

À Osny, maintenant en centre ville, seule la façade donnant anciennement sur les champs en est pourvue, l’autre côté étant suffisamment protégé par le mur d’enceinte de la propriété, tandis qu’à Montchevreuil (aujourd’hui en ruine), les quatre angles en sont dotés. Ces échauguettes participent également largement à la décoration des bâtiments avec des culots moulurés, mais ne sont pas ici uniquement vouées à cet usage comme ce sera le cas à la même époque sur d’autres édifices évoqués plus bas. On observe même à Tourly, dans l’Oise, une échauguette ajoutée au XVesiècle sur un bâtiment préexistant, probablement du XIIIe siècle sur un contrefort ancien.
Elle permettait ainsi de compléter la surveillance des environs, déjà assurée par une tour, à l’angle opposé. Tous ces dispositifs sont relativement légers par rapport à ce qui se faisait aux siècles précédents; ils étaient bien sûr conçus pour faire face à un petit groupe d’ennemis mais n’auraient pas résisté à une armée organisée, ce n’était pas le but !

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Le véxin
http://echo.levillage.org/post/2010/06/un-coin-de-normandie-aux-portes-de-paris-bienvenue-dans-le-vexin-normand










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