Fiche historique N°XIII
۩ Le Château de La motte Beauvoir ou Beauvais, à Nangis
Nichée au centre de la Brie et du département de la Seine-et-Marne entourée de terres agricoles et de parcelles boisées, la commune se situe entre Melun et Provins, deux grandes places du moyen-âge à 60kms au Sud-Est de Paris. Situé en plein cœur de la ville de Nangis en plein milieu du plateau Briard, le château-fort était un avant poste avec la frontière de la champagne appartenant au domaine royal du XIIIe siècle. Le château-fort protégea la population de la seigneurie pendant la guerre de cent ans.
Dénomination : Château-Fort puis château
Localisation : 77 370, Nangis,
département de la Seine-et-Marne
Région : Ile-de-France
Année de construction : XVe siècle
Nangis est mentionné dans les textes dès 1157 et la commune connut deux châteaux successivement: le Chastel et la Motte Beauvoir, qui sont chacun à l'origine d'un noyau d'habitat.
Le premier, le Chastel était une forteresse datant d'après l'an mille. Le Chastel est abandonné car la route amène trop de pillards. Cette forteresse avait deux avant-postes: la Grande et la Petite-Bretèche, au lieu-dit Bertauche.
Le château médiéval du XIIe siècle, au lieu-dit La Motte-Beauvoir, était le siège d'une importante seigneurie. Il est entouré de douves qu'un pont enjambe (le pont des marquis). Le château était de plan carré avec trois corps de bâtiments et des tours aux angles. Il ne reste qu'une aile avec deux tours. Aux XIIe-XIIIe siècle, le fief appartenait à la famille de Britaud qui dota Nangis d'une église, d'un hôtel-Dieu et d'une léproserie. Au XIVe siècle, le roi Charles VII donna la seigneurie à Denis de Chailly. Puis, elle passa dans les mains de la famille de Brichanteau au XVIe siècle et devint un marquisat en 1612 sous Louis XIII. Au XVIIe siècle, le château a été modifié pour en effacer les signes défensifs et de larges fenêtres sont venues percer les façades pour en faire une résidence agréable à habiter. Un parc entoure l'élégante demeure.
Autour du château, les communs du château forment ce qu'on appelle « la ferme du château », dont l'entrée se faisait par la porte monumentale en pierre de taille, conservée et inscrite à l'inventaire des Monuments Historiques en 1963 en même temps que «la ferme» du château. Les bâtiments sont disposés autour d'une cour, dans laquelle a été construite une maison d'habitation. Une grange, une étable, une bergerie et une halle pour les récoltes sont disposées autour. Le pigeonnier est un droit féodal, dû au statut de seigneur d'un fief. Sa taille reflète toujours l'étendue du domaine par le nombre de trous de boulins. Généralement, un trou vaut pour 1/2 hectare. Celui de Nangis en comporte 873. Les pigeonniers, ou colombiers, ont souvent été détruits à la Révolution car représentatifs du pouvoir de la noblesse.
Au Moyen-âge, deux fiefs, qui purent rivaliser, se partageaient la terre de Nangis-en-Brie: le Châtel/Chastel de Nangis (cf. La rue du Châtel, un peu au nord du centre-ville), et la Motte de Beauvoir ou de Beauvais (ce deuxième château est à l'origine de l'Hôtel de Ville, en plein centre, proche de l'église ; curieusement, il existe aussi Beauvoir à une dizaine de km au NO). La Motte-Beauvais finit par l'emporter, et son pouvoir fut dominant, modelant le développement de la ville. Les ouvrages traitant de la question mélangent souvent ces deux seigneuries (les familles seigneuriales avaient-elles une origine commune ? On cite les de Marolles, les de Courtry (-à Sivry ?), les Le Riche... ; il semble que les Beauvais et les du Châtel aient eu la Croix en fief commun).
Le nom de « La Motte » suggère la motte castrale qui indique l'origine médiévale de l'endroit. Fleury (v. 1093-† v. 1147), fils du roi Philippe Ier de France, en est le plus ancien seigneur connu. En 1245, le château de l'époque passe à la maison de Montmorency. Bien que reconnu comme forteresse en 1397, les Anglais font subir d'importants dommages au château en 1429. Le roi Charles VII le Bien-Servi offrira la seigneurie à Denis de Chailly en récompense pour son aide à Jeanne d'Arc. Celui-ci fit reconstruire la forteresse en 1436.
Au moyen-âge, afin de permettre aux marchands de Paris de se rendre aux grandes foires de Brie et de Champagne, à Provins ou à Troyes, on bâtit à travers la forêt une route. Pour la sécurité des voyageurs fut créée une forteresse pour leur servir de refuge et loger une garnison. Telle fut l’origine du Châtel, première seigneurie créée sur le territoire de Nangis. Pour que la forteresse du Châtel puisse étendre son action de protection, il fut élevé, sur le bord de la route, à droite et à gauche du donjon, des avant-postes fortifiés : en direction de Provins « La Petite Bertauche » et en direction de Paris « La Grande Bertauche », puis Bailly et Châteaufort (village actuel de Grandpuits). Le seigneur de ce fief prit le nom de Chastel et les habitants celui de Chastel-lès-Nangis.
Aujourd'hui on peut voir encore les douves de l'ancienne motte castrale qui étaient jadis remplies d'eau. L'aile gauche qui subsiste aujourd'hui possède encore deux tours d'angle. On a la chance de voir aussi une tour cylindrique d'enceinte pourvue d'archères. À l'époque, Jeanne d'Arc était passée par le pont-levis pour se rendre au donjon.
La base Mémoire des images du Ministère de la Culture comprend deux photos prises vers 1907-1909, l'une montrant la façade vue en perspective et l'autre, une tour de l'enceinte.
* Le château dans le temps
Pendant leur séjour à Nangis les Guerchy (XVIIIe siècle) avaient essayé de faire revivre l' animation de l' époque des Brichanteau, leur château vit se renouveler sous Louis XV les réceptions d' autrefois: on y donna plusieurs fêtes princières auxquelles s' associaient les habitants du voisinage. D' après un manuscrit de ce temps, ce château remanié sous Henri II et sous Louis XIII avait encore une grande apparence avec son avenue précédant la grille de l' avant cour, avec sa façade exposée au soleil levant dressée de deux grandes ailes parallèles et flanquée de quatre tours en gresserie. Les trois corps de logis élevés de deux étages au dessus du rez-de-chaussée étaient couverts d' ardoises, ils masquaient les communs: deux basses cours, le colombier à pied et une chapelle de Saint- Mathurin reconstruite en 1757. Sur la façade principale rehaussée munie d' embrasures de chaînes, de corniches, de pilastres en pierre, les Brichanteau avaient fait sculpter leurs armes ; D' azur à six besants d' argent qui furent aussi les armes des Guerchy.
On a dit avec raison que ce mélange de constructions successives d' anciennes tours démantelées, de tourelles et de pavillons formait un péle-mêle un peu disparate. Ce n' était pas moins une belle demeure, malheureusement sans perspective située en plat pays dans le bourg même près de l' église. L' ensemble des bâtiments se trouvait encadré de larges fossés à fond de cuve qu' on franchissait au moyen de deux ponts, au midi s' étendaient les jardins et le parc à l' anglaise dont la superficie fut portée de 40 à 65 arpents (de 50 400 à 81 900m2) au cours du dix huitième siècle. Du côté du parc, l' aspect primitif avait peu changé bien que l' ancien appareil féodal eût été fort négligé depuis que l' on s' attachait à donner au séjour de la campagne plus de confort et d agrément. Mais c' est surtout l' intérieur de l' habitation qui s' était transformé. Les contrats des deux derniers siècles mentionnent trop sommairement les lambris dorés plafonds, les tableaux, chassis, ornements et autres choses servant à l' embellissement et à la décoration du château.
Malgré les démolitions opérées comme l' écrivait Amédée Aufauvre (XIXe siècle) dans son livre sur les Monuments de Seine et Marne, la masse de l' ancien château, le pourpris, l' avant-cour, les fossés étaient encore très apparents. Près de l' église et presque en face du portail s' ouvre une porte plein cintre à bossage et à entablement qui date de Louis XIII, un peu plus loin sur l' angle, en tirant vers la place, se dresse une tour ronde. Toutefois ce n' est pas de ce côté qu' il faut chercher la trace de l' ensemble du vieux manoir, il faut aller du côté sud de l' église. Il reste là un fossé dont l' escarpe est commandée par un rempart, les courtines sont reliées par des tours et des bastions malheureusement rasés. En retrait de cette enceinte du côté de la campagne, s' élève un corps de logis dont les ouvertures refaites et déformées ont affaibli le caractère. Aux angles il y a deux tours, celle de gauche est marquée au cachet du seizième siècle qui la modifie, celle de droite, si l' on s' en rapporte aux formes générales et en l' absence de tout détail caractéristique doit être contemporaine de Charles VII et de Louis XI. Cinq contreforts montent du fossé pour soutenir cet unique corps de logis isolé au milieu du vide qui s' est fait aux alentour. C' est en cet état que se trouvaient les restes du château quand la ville de Nangis en est devenue propriétaire en 1859.
Texte de l'histoire du château écrit au XIXe siècle
par Th LHUILLIER
Correspondant du Comité des Sociétés des Beaux Arts des départements à Melun.
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Le Monde des Châteaux